Loudness ou guerre du volume, décompressions l'audio !!! Mise à jour

Publié le 16 Septembre 2020

 

Mise à jour du 16-09-2020, voir en fin d'article.

Si vous avez plus de trente ans, vous avez remarqué que la musique enregistrée avant les années 90 avait un volume sonore largement moins élevé. Je parle des masters de l'époque et non leurs remasters actuels de ces mêmes albums. Quelle en est la raison, comment tout ceci a commencé, s'il y a des conséquences sur la qualité du son, etc ? Pourquoi en parler sur un blog d'informatique ? Tout simplement, car sans ordinateurs point de création musicale. Depuis la fin des années 70, pouvoir relier un instrument était le rêve des pionniers de la musique électronique, qui à cette époque expérimentait plus qu'ils ne composaient.

 

Le commencement du loudness War (guerre du volume)

La guerre du volume a commencé dans les années 70. A cette époque les stations de radio se sont rendu compte que le fait d'augmenter le volume de diffusion attirait plus d'auditeurs. Un son fort attire, le fameux "loudness était né". En d'autres termes sonner plus fort que leurs concurrentes directes. La radio était surtout écoutée chez soi, mais avec l’avènement des autoradios, une problématique c'est très vite imposée, tous les sons faibles se sont retrouvés inaudibles en environnement bruyant. Pour pallier, ce phénomène, une technique a été créée, la compression de la dynamique, en plus du loudness, dont le principe est simple : réduire les écarts de volume entre les sons forts et faibles. Le drame de la musique contemporaine et de nos oreilles. Oui, oui, de nos oreilles.

 

Pourquoi toujours plus fort ?

On le sait, sonner plus fort est vendeur, enfin pendant un temps. A la base, c'était pour attirer l'auditeur. Actuellement, même si c'est encore une raison valable, ces subterfuges, ne servent qu'à une seule chose, pallier les conditions et la qualité médiocre du matériel d'écoute qui se dégrade année après année : transports en commun, voiture, Hauts parleurs et écouteurs de piètre qualité que l'on retrouve sur les smartphones, ordinateur portable, etc. On est clairement plus dans l'ère de la "HIFI de papa" où l'on écoutait sa musique confortablement installé dans son canapé avec une bonne chaîne stéréo, ou un ensemble fait sur-mesure comme dans des années 70-80. On est dans l'ère de la mobilité. Pour que l'on continue de consommer de la musique, l'industrie musicale a dû s'adapter à toutes ces contraintes, mais aussi aux normes de santé. Obligé pour bien entendre toutes les sonorités de nos chansons préférées. Depuis les années 90, le corps médial, n'a cessé de clamer qu'écouter sa musique fort en volume, rendait sourd, surtout avec un casque sur la tête.

 

En pratique

Avant de parler des conséquences sur le son, s'il y en a une, voyons ce qu'est la dynamique et comment déterminer si le master utilisé, n'a pas succombé aux travers de la musique moderne, qui est toujours plus fort.

"La dynamique est l’amplitude du niveau sonore entre les sons faibles et les sons les plus forts."

Chaque style musical a sa propre dynamique, le classique et dérivés sont beaucoup plus dynamique que le rock ou d'électro. Ce-ci s'explique en partie de par les instrumentations utilisées.

Pour ce faire, il existe une échelle qui mesure la dynamique d'un morceau, d'un album, le DR (dynamic range ou plage dynamique). Cette échelle commence à 0 et n'a pas de limite. Elle est divisée en 3 parties : 0-7 médiocre, 8-13 moyen ou de transition, 14+ bon. On ne parle que de la compression de la dynamique, en aucun cas de qualité du son, même si c'est liée. 

 

Echelle de la dynamique audio

Echelle de la dynamique audio

 

A 0 dB,  on n'a plus aucune dynamique, à -17 dB ou dr 17, -17 à +17, soit 34 dB en tout, le son est très dynamique. Mais est-ce vraiment utile ? Avoir de la dynamique est une chose, la percevoir en est une autre. Suivant le lieu "d'écoute", on perçoit plus ou moins bien les sonorités qui composent nos morceaux, sons faibles, hautes et basses fréquences.

Si on se réfère à la page Wikipédia, voici ce que cela donne.

Loudness ou guerre du volume, décompressions l'audio !!! Mise à jour

On remarque que dans une salle de cinéma on peut largement diffuser une bande sonore dynamique 62 dB, soit -31 dB, dr 31 possible pour discerner correctement les moments calme, dialogue à faible volume. Les effets spéciaux auront donc de l’ampleur sans pour autant être dangereux. En revanche en avion avec le bruit de fond, la dynamique des sons perçue est faible 12 dB ce qui signifie que le son le plus faible doit être de l'ordre de -6 dB ou dr 6 pour être entendu correctement.

Si l'on se base sur le tableau ci-dessus, dans son salon au calme, on doit être aux alentours de 30 - 35 dB, ce qui signifie qu'un DR 15 - 17 suffit largement. Au-delà de cette valeur, la sonorité la plus faible ne sera plus audible.

Ce n'est pas tout, pour capter le maximum de fréquences, toutes les subtilités de la musique écoutée, deux éléments sont très importants : l'attention que l'on porte à notre écoute, l’appareil de restitution, ampli, enceintes, casque, etc et la sonorisation de la pièce. Chaque appareil à un SNR (Rapport signal/bruit), valeur de dynamique en décibels entre le bruit interne d'un appareil, ce qui correspond au souffle qu'il peut produire sans aucuns sons et le niveau max avant la distorsion, la saturation. Une platine Vinyle tourne vers les 60 dB, un cd vers 96-100 dB, un ampli 100+ dB en numérique et environ 80dB en analogique phono. Un Vinyle est donc plus sujet au souffle qu'un CD en plus d'être moins dynamique.

 

Les conséquences

La première des conséquences est la dégradation du son. Forcément quand on booste, on arrive assez rapidement aux limites de la dynamique du support ou du format de fichier, avec toute la problématique de la saturation et distorsion. Vous vous dites qu'il suffit de diminuer le volume d'écoute. Pas tout à fait, une musique dégradée reste dégradée même en abaissant le volume sonore à l'aide du bouton volume. Ce n'est pas tout. On a, avec une compression excessive, une perte de certaines harmoniques et fréquences avec ce que l'on appelle un écrêtage du son. Cet écrêtage est voulu dans la mesure où l'on estime que seules les fréquences audibles doivent être conservées. On privilégie donc la zone centrale, celle qui est la plus fourni. Malheureusement ces harmoniques apportent beaucoup à la manière dont le morceau va sonner, son plus riche, plus naturel et moins agressif.

La seconde conséquence qui est liée à la compression de la dynamique, qui résulte en une fatigue au bout de seulement quelques minutes d'écoute.

La troisième est bien plus nocive que la seconde, car la dangerosité pour nos oreilles est bien réelle. En temps normal, un morceau est composé d'un fondu au commencement, puis une montée avec une alternance de couplets et de refrains et en fin de morceau un autre fondu. En compressant l'oreille est donc en permanence agressée, car il n'y a plus de moment calme. C'est exactement le phénomène des amateurs et musiciens de rock, Heavy métal. La musique classique à fort volume est aussi dangereuse, Ce qui se termine souvent par une perte de l'audition, voir une surdité totale. À partir de 80dB, écoute pénible, à 90dB le risque est bien réel. On estime qu'une augmentation de seulement 3 dB double le volume, 60 + 3 = 63dB, donc doublé, ce n'est que 3 dB de plus qui suffit à occasionner une gêne auditive pour nos oreilles.

 

Un bon master ?

La théorie c'est bien, mais dans les faits, peut-on repérer un morceau correctement masterisé à l'oreille ? Difficilement. Certaines musiques sonnent dynamiques et en apparence le son est bon, en apparence seulement et d'autres le son est réellement bon. Avec l’habitude et à force d'entrainer son audition, on discerne assez facilement une musique qui sonne de façon naturelle. Le seul moyen pour être sûr et certain, est d'utiliser un logiciel comme Audacity, un éditeur de son pour y afficher l'onde sonore. Puis de l'exporter au format PCM 16 bits 44100 hz et de l’analyser avec le programme TT DR Offline Meter. Vous pouvez également vous servir de cette base pour vérifier vos albums et avant tout achats.

Je vous propose l'analyse d'ondes sonores de nos musiques préférées. Avec deux exemples quand c'est possible de comparer. Pour les morceaux modernes pas trop le choix. En revanche pour les anciennes musiques on a la possibilité d’afficher à la fois l'onde du master originale et l'un de ses remasters modernes.

 

  • L'original et son remaster

Le master original est placé en haut, son remaster en bas. Pour un mailleur aperçu, cliquer sur les images. Commençons par des musiques dynamiques avec plusieurs morceaux du groupe de Dire Straits, issu de l'album Brothers in arms.

Dire Straits - Money For Nothing - DR 16-11

Ce que l'on remarque en premier, l'onde sonore du remaster est plus imposante. On est passé d'un DR de 16 à un DR de 11. Le volume appliqué au remaster est un peu moins de quatre 4 plus élevés. Ce qui en résulte outre le volume, un léger rognage, (écrêtage), de certaines portions, ce qui dégrade irrémédiablement le son. Diminuer le volume en dB, ne changera rien. L'information perdue l'est définitivement. Ce qui fait la richesse d'un morceau, c'est tous les peaks (pics en Fr). Plus ces peak sont importants plus la musique écoutée est riche, agréable à l'écoute, contrairement au remaster dont les peaks ont été rognés avec perte des harmoniques. Cette différence, à ce niveau, est subtile et s'entend dans de bonnes conditions et principalement avec du bon matériel de restitution.

Dire Straits - One World - DR 17-12

Pour ce morceau on passe d'un DR de 17 à un DR de 12. On a donc les mêmes problématiques que l'on trouve sur Money For Nothing et sur la grande majorité de la musique moderne, avec cette fois-ci une meilleure maitrise de l'ensemble de la masterisation.

 

  • Les masters modernes

Il y a trois types de masters modernes, les bons et les mauvais. Les bons sont dynamiques et mixés correctement, les autres ne le sont pas. On distingue deux catégories, ceux qui ont un son flatteur, ceux dont le son est inécoutable tellement la dynamique est écrasée et amplifiée.

Clara Luciani - La grenade - DR7

Dans l'absolu cette musique somme plutôt correctement et fait clairement partie des pistes trompeuses, où l'on se dit, pas si mal dans l'ensemble. Mais une fois analysée, on se rend vite compte qu'une petite astuce a été appliquée : masteriser à un volume plus faible. Ce qui nous donne cette impression d'une musique qualité CD. Or, il en est rien avec son DR ridicule de 7. Finalement, cette piste s'écoute assez facilement et n'a subi qu'une dégradation modérée, contrairement au morceau suivent : Et l'on n'y peut rien de Jeans-Jacques Goldman.

Jeans-Jacques Goldman - Et l'on n'y peut rien - DR5

Pour ce morceau, on peut le dire, le mastering est une honte. Tout est poussé à l’extrême : compression de la dynamique, loudness à outrance, écrêtage (Clipping en anglais), saturation, et même étouffement donnant un son caverneux. "Et l'on n'y peut rien" souffre du syndrome de toutes les musiques des années 2000, où seul le volume sonore comptait. On est toujours et encore aujourd’hui dans ce même schéma pour la plupart des morceaux créés.

 

 

  • Exemple de loudness war

Le morceau Death Magnetic de Metallica est le parfait exemple et avait fait énormément de bruit à cette époque. Beaucoup de personnes se sont offusquées de découvrir que la version du jeu Guitar hero était largement supérieur au CD, un comble. On peut remarquer la perte des cymbales sur la version CD. La vidéo de Nirvana - Curmudgeon 1992 - 2004 est également très parlante, le vu mètre de la version original de 1992 est vivant contrairement à la version de 2004. Un volume non dynamique est une musique sans vie. Un son pour être bon doit pouvoir s'exprimer librement.

Loudness War exemple

Radiohead

Iron Maiden au fil des années

Nirvana - Curmudgeon 1992 - 2004

Metallica Death Magnetic Guitar hero vs CD

 

  • Quand le master est de qualité

Voici ce que cela donne quand le master est de qualité. Le son est ample, varié. Les sources proviennent de Vinyle ou numérique. Ce qui ne change rien à la qualité musicale. Un seul point pour le son analogique qui est dépendant du matériel, du réglage utilisé. Bien sûr sur YouTube, on a en plus une compression qui y est appliquée avec une normalisation du son -14dB. On a forcément une perte des hautes fréquences qui n'est pas dramatique selon son âge. Bonne écoute à tous.

 

Chris Rea - Daytona - Vinyl

Idées noires - numérique

David Bowie - Space Oddity (2019 Mix)

Badelt, Zimmer: Now We Are Free - numérique

Donna Summer - I feel love - Vinyl

Rondò Veneziano - La Serenissima

Metallica - Nothing Else Matters

  • Un compromis possible ?

Entre une dynamique de 10-12dB ou 32-34dB, il y a une marge. Est-ce vraiment nécessaire de monter très haut comme l'est la musique classique ? Non, on peut largement se contenter d'une dynamique plus faible. Certains diront qu'un DR de 12 est le minimum, d'autres, cela dépend du style de musique. Il faut aussi prendre en compte les conditions d'écoute. Finalement un bon DR, c'est quoi ? C'est celui qui est le plus adapté à la restitution optimale afin de ne pas subir une dégradation excessive. 10-12-14-16 ? Le bon compromis ne serai pas celui qui s'adapte en fonction des conditions d'écoute. Plus compressé en écoute nomade, DR 8-10 et plus quand on est dans des conditions optimales, DR 12-14. Bien sûr certains styles demandent plus, comme le classique, le blues,  le jazz ou certaines musiques de pop-rock, car les instrumentions utilisées ont une grande amplitude sonore.

 

  • Numérique ou Vinyle ?

De plus en plus de mélomanes se tournent vers le Vinyle pour la simple raison que le son numérique ne correspond plus aux attentes des amoureux de la belle musique. Cela ne signifie pas pour autant que le Vinyle a un son largement supérieur. C'est juste un son qui sonne différemment, avec un master plus riche, plus varié et bien souvent dynamique. Forcement avec du bon matériel, on souhaite ce qu'il y a de mieux musicalement parlant. Le Vinyle a beaucoup de défauts, saturation, craquements, distorsion, usure à chaque écoute..., qui est dû principalement aux spécificités du support. Attention, les versions modernes, n'ont plus rien à voir, car travaillées à partir du numérique. Tout n'est pas à jeter du côté du numérique. Il y a encore de beaux enregistrements. On a parfois de belle surprise comme la réédition des albums stéréo des Beatles, fait dans les règles de l'art, sortie il y a quelques années. C'est sûr, ce n'est pas avec les musiques populaires que le son sera de qualité.

 

  • Le hi-res, l'arnaque ?

On parle d'Hi-res, pour un son codé en 24 bits et plus, soit 8 bits de plus que la qualité d'un CD qui est de 16 bits. Il est la promesse d'un son d'une qualité extraordinaire où toute la richesse musicale est respectée. C'est vrai en partie seulement quand la musique est de haute voltige, ce qui n'est malheureusement pas le cas de la quasi-totalité des productions actuelles. Avoir du 24 bits n'apporte pas un plus significatif d'autant plus que le master est identique à celui du CD. Le son est tout de même légèrement plus riche et plus naturel.

 

  • Peine perdu ?

Et bien non. De plus en plus de personnes dénoncent ce phénomène destructeur. Certains artistes eux-mêmes font le choix d'une musique qui sonne moins fort. Vouloir revenir à ce qui se faisait dans les années 80 et avant demande un effort de réadaptation d'une écoute normale, sans boom boom. Notamment la grande majorité de la jeunesse actuelle, qui n'a pas conscience de ce qu'est un bon son. Forcement quand on n'a jamais entendu un bon master de toute sa vie, que du mp3 des années 2000-10 ou CD de la même époque, ça n'aide pas à se faire une idée.

 

Mise à jour du 16-09-2020

Il n'y a pas si longtemps, août 2020, le groupe Indochine a décidé de remastériser tous ses singles à partir des années 2000 en version "dynamique". Comme quoi tout n'est pas perdu. Une personne sur YouTube nommée "Jérémy Morrison" propose une comparaison de certains morceaux remastérisés avec leur original. Cela vaut le coup d'oreille tellement, la différence sonore est énorme, notamment dans la clarté générale. Le plus flagrant, les aigus qui sont réapparus. C'est bien la preuve que la compression de la dynamique tue latéralement le son et une partie du spectre sonore. Lien ci-dessous.

Relativisons tout de même, la musique y est très compressées, mais à la différence que la masterisation est largement mieux maitrisée. Ce qui est déjà une bonne avancée.

Je vous conseille d'essayer, de tester par vous-même. Une fois goûté, on ne revient jamais en arrière tellement la musique actuelle est un non-sens.

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Rédigé par pciste

Publié dans #Audio, #Audiophile, #Musique

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